Participation aux deuxièmes assises ivoiriennes du développement-durable à Abidjan du 12 au 14 octobre

Le-premier-ministre Daniel Kablan Duncan a ouvert les travaux des deuxièmes assises ivoiriennes du développement-durable. Il annoncé la création d’un prix de l’entreprise socialement responsable labélisé par la Côte d’Ivoire. Il a développé sa vision « faire en sorte que le développement durable s’ancre dans tout le corps social afin que chaque citoyen devienne un acteur responsable qui contribue à l’équilibre entre la qualité de l’environnement, l’efficacité économique et le progrès social ».

Les assises se sont focalisées sur les ODD et sur les avantages compétitifs et la contribution du secteur privé Ivoirien à travers le RSE.

Les assises ont permis de larges échanges entre les acteurs publics et les entreprises. Le patronat ivoirien était représenté par le Dr Traoré BAKARY le président de la Commission GRSE de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Ce dernier a participé à la rédaction de l’ISO 26000, membre de la délégation de Côte d’Ivoire il avait été actif dans le réseau francophone.

Modérateur de la session inaugurale, j’ai contribué à la table ronde sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) en rapportant l’engagement de la Francophonie et de l’Institut Francophone du Développement Durable sur la réalisation des ODD. J’ai développé les enjeux de la facilitation Science technologie et innovation des Nations-Unies et de l’importante pour les pays de se doter d’un dispositif STI adossé aux processus de mise en œuvre des ODD. J’ai aussi présenté le portail Construction21 en contribution à l’ODD11 sur la ville durable et l’objectif de l’ouverture d’un portail Côte d’Ivoire

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Reportage télévision ivoirienne RTI ; Site Facebook du ministère

Présentations :

Science, technologie et innovation (STI) pour les Objectifs de développement durable (ODD)

Initiatives pour l’innovation et la ville durable : ODD11

Soutien de Arnold Schwarzenegger

Un projet auquel j’ai consacré beaucoup d’énergie a franchi aujourd’hui une étape déterminante en Algérie. Les transferts de technologie et la diffusion des solutions les plus performantes est déterminante dans la lutte contre les changements climatiques et le développement durable. C’est dans ce sens que j’ai initié le média social www.construction21.org qui vise la diffusion de l’innovation et les transferts de connaissances et de techniques en vue de l’objectif de développement durable n°11 : ville durable. En partenariat avec l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique » nous avons ouvert le portail Algérie. Arnold Schwarzenegger président fondateur de l’ONG R20 est venu remettre les prix de la construction algériens qui sélectionne les projets qui représenteront l’Algérie au concours international ouvert au vote actuellement. img_1619

Il a aussi donné le coup d’envoi à Oran le 26 septembre d’un mastère spécialisé sur l’économie verte de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne. En signant le protocole de coopération entre le R20, l’Ecole Nationale Polytechnique d’Oran (ENPO) qui accueillera la première promotion et l’Ecole des Mines Arnold Schwarzenegger a marqué son soutien à une formation originale connectée avec les initiatives du R20. Ce mastère spécialisé de la Conférence des Grandes Ecole vise à former des gestionnaires de portefeuilles de projets sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la gestion durable des déchets. La rentrée de la première promotion est prévue le 2 novembre à Oran. Les 22 apprenants sélectionnés qui appartiennent à des collectivités, administrations, associations et fondations, vont permettre à la fois un renforcement de capacité et le déploiement de projets d’économie verte au service de l’Algérie.

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Présentation mastère : De gauche à droite au premier plan : Bruno LEGER, Directeur Institut Fayol, Ecole des Mines de Saint-Etienne. Dr Michelle MONGO, responsable pédagogique du mastère, Ecole des Mines de Saint-Etienne. M. Abdelghani ZAALANE, Wali d’ORAN. M. Arnold SCHWARZENEGGER président fondateur de l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique »

Cette formation vise à accompagner concrètement des projets et les rendre « banquable ». Un certain nombre d’entre eux seront financés par la Fondation Leonardo DiCaprio (LDF), dans le cadre des 100 projets https://100projectssite.wordpress.com/ enpo-as-emse

Photos ENPO AS EMSE : après la signature de l’accord tripartite : de gauche à droite Pr. Abdelbaki BENZIANE, Directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’Oran (ENPO). Arnold SCHWARZENEGGER président fondateur de l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique ». Bruno LEGER , Directeur Institut Fayol, Ecole des Mines de Saint-Etienne. Christian BRODHAG, Directeur de Recherche Ecole des Mines de Saint-Etienne, responsable scientifique du mastère, président de Construction21

Revue presse en ligne

http://www.elwatan.com/actualite/environnement-de-retour-a-oran-arnold-schwarzenegger-satisfait-des-avancees-realisees-27-09-2016-329536_109.php

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5233949&archive_date=2016-09-27

http://www.algerie-focus.com/2016/09/environnement-arnold-schwarzenegger-parraine-signature-dun-memorandum-a-oran/

http://www.aps.dz/regions/46828-oran-m%C3%A9morandum-d%E2%80%99entente-et-de-collaboration-entre-l%E2%80%99ong-r20-et-des-industriels

http://www.lexpressiondz.com/actualite/250641-le-tri-selectif-des-dechets-est-economique.html

http://www.maghrebemergent.com/actualite/breves/fil-maghreb/63926-algerie-un-memorandum-de-collaboration-sur-la-valorisation-des-dechets-entre-l-ong-r20-et-des-industriels-a-oran.html

http://www.radioalgerie.dz/news/fr/content/88999.html

Vidéo : http://www.lebuteur.com/videos/index?id=2571

 

L’avenir de la planète en discussion aux Nations Unies

La négociation sur les processus de mise en œuvre de l’accord de Rio 2012 se déroule actuellement aux Nations Unies à New York. Loin du barnum de Rio, la négociation porte sur des questions importantes, dans laquelle la discrétion française ne manque pas d’inquiéter. A Rio les entreprises et les ONG françaises se bousculaient pour jouir du spectacle et accompagner une délégation officielle importante. Aujourd’hui à New York, je n’ai croisé que le syndicaliste français Thierry Dedieu qui intervenait dans la délégation des syndicats internationaux. Alors que les diplomates et experts des autres pays sont les même depuis plus de 10 ans, la France les renouvelle à un rythme tel qu’elle met en péril sa capacité de compréhension et d’influence.
Pour avoir une influence dans les processus internationaux la France devrait à la fois pousser au plus loin ses objectifs dans l’agenda européen, être présente dans les différents processus de négociation en cours à la fois par sa diplomatie et les experts gouvernementaux et par les acteurs de la société civile dont le rôle est reconnu dans les institutions Onusiennes. Enfin sur certains sujets faisant consensus les pays francophones peuvent être mobilisés.

Rappelons le résultat principal de Rio 2012 l’universalisation du développement durable, sa généralisation (mainstreaming) dans toutes les politiques, et toutes les organisations du système des Nations Unies. Les objectifs de développement du millénaire qui avaient été formalisés en 2000 vont se muer en objectifs de développement durable qui engageront après 2015 à la fois les pays en développement, en transition et développés. Un segment politique de haut niveau examinera un rapport mondial du développement durable et devrait consolider la mise en œuvre du développement durable à tous les niveaux du système des Nations Unies et des pays, aux niveaux locaux et des entreprises. La négociation va fixer les modalités de ces dispositifs et celles d’autres politiques : financement du développement durable, le transfert de technologies… Le cadre décennal de programmation concernant les modes de consommation et de production durables (10YFP) se déploie actuellement dans différentes filières : tourisme, construction… et différentes activités marchés publics, information du consommateur… Enfin les questions climatiques et de biodiversité sont envisagées au cœur de chacune de ces politiques.

Mais si le discours met en avant la vision intégrée, holistique et systémique du développement durable, s’il est question de renforcer de la coordination et de la cohérence des politiques, la réalité est tout autre avec le maintien des approches en silo et la concurrence entre les organisations.
L’approche du développement durable par les 3 piliers économique, social et environnemental oublie l’approche intégrée. Elle se résume actuellement à savoir quel est le pilier prioritaire, et donc qu’elle organisation du système des Nations Unies doit prendre le leadership. La Banque Mondiale est évidemment positionnée, elle qui avait soutenu et financé les Stratégies de lutte contre la pauvreté qui ont empêché l’émergence des Stratégies de développement durable. Elle promeut la comptabilisation du capital naturel qui « parle » le discours du développement, et non plus celui de l’environnement, en justifiant son efficacité par le fait qu’elle permet ainsi d’en dessaisir les Ministères de l’environnement au profit de ceux des Finances et de la Planification (sic).

Plus largement l’universalisation du développement durable risque de noyer l’environnement sous l’agenda du développement le plus traditionnel. La France semble adhérer à cette tendance en se faisant représenter à New York par Annick Girardin la secrétaire d’État chargée du Développement et de la Francophonie.

La France a abandonné la vision intégrée du développement durable au profit d’agendas séparés : transition écologique et lutte contre l’effet de serre, responsabilité sociétale des entreprises, coopération et développement… Elle a oublié qu’elle a été le premier pays à expérimenter en 2005 un processus de revue par les pairs de sa stratégie de développement durable qui est l’option envisagée aujourd’hui.
En mettant tous ses moyens dans la seule préparation de la 21ème Conférence des parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qu’elle organisera en décembre 2015, la France oublie que l’agenda du développement durable offre des leviers d’actions pour découpler le développement de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre : transfert de technologies, financement du développement durable, changement des modes de consommation et production, responsabilité sociétale… Ces leviers seront autant d’arguments pour le succès de la négociation.

Rappelons-nous que le débat à Kyoto en 1997 avait opposé les « politiques et mesures » d’un côté et le marché des permis d’émission de l’autre. Les Etats-Unis ont imposé le second sans jamais s’y plier eux-mêmes. Depuis capté par les macro-économistes le débat se réduit trop à l’opposition entre marché des permis ou taxe carbone en ignorant les politiques d’accompagnement. En s’enfermant dans la seule Convention climat ou oublie que la réduction par 4 des émissions des pays développés passe par un changement profond du mode de développement. C’est de cela dont il est question à New York.

Plus sur le site des Nations Unies

Responsabilité sociétale un élément de la gouvernance du développement durable

Les lignes directrices pour la responsabilité sociétale (RS) ISO 26000 fait la synthèse entre deux logiques l’une fondée sur les parties prenantes et un comportement éthique et l’autre plus institutionnelle visant à aller plus loin que la conformité au droit. Déclinée au niveau de chacune des organisations la RS peut être un élément de la gouvernance du développement durable.

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Information et connaissances pour le développement durable

L’information et les connaissances sont des éléments clés pour le développement durable. Le présent article rappelle des initiatives prises dans l’espace francophone depuis la conférence de Rio en 1992, et comment la révolution de l’Internet ouvre de nouvelles solutions pour le développement durable et différents projets engagés dans l’espace francophone.

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La Francophonie en ordre de marche pour Rio+20

Les 8 et 9 février 2012, s’est tenu à Lyon le forum francophone préparatoire à Rio+20. Pour en savoir davantage sur le sens et les résultats de ce forum qui a réuni plus de 500 participants de l’ensemble des pays de la Francophonie, nous sommes allés à la rencontre de M. Christian Brodhag [[Professeur, directeur de recherche à l’École des mines de Saint Étienne, il a, entre autres, assumé les fonctions de Président de la Commission française du développement durable (1996-1998), puis de Délégué interministériel au Développement durable (2004-2008). Membre du Conseil d’orientation de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), il a été un des acteurs au cœur du forum préparatoire de Lyon]], coordonnateur du Comité d’organisation francophone de Rio 2012, qui a bien voulu se prêter à nos questions. A travers cette entrevue, M. Brodhag, revient entre autres sur la vision francophone du développement durable, les enjeux et défis de Rio+20, et donne la tonalité des propositions issues du forum de Lyon. Pour lui, la Francophonie est désormais en ordre de marche pour Rio+20.[[Toutes les vidéos des 2 jours et les documents du Forum notamment la déclaration et des amendements proposés au draft zero repris par les pays francophones à : www.agora21.org/international]]

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ISO 26000 et Nations Unies

Le texte qui est soumis à la discussion de la commission du développement durable pour le cadre de programme décennal (10YFP) sur les modes de consommation et production durable envisageait le déploiement de l’ISO 26000. Le G77, les Etats Unis et la Norvège ont proposé de supprimer cette référence comme sur d’autres sujets. Les programmes pourraient être renvoyés en annexe (point encore en discussion).
Une solution de repli est l’initiative de partenariat des Nations Unies pour le développement durable que l’Organisations internationale de la francophonie envisage de lancer. Une réunion s’est tenue en parallèle de la commission le mercredi 4 mai qui a soulevé un intérêt bien au delà du cercle des pays francophones. Les termes de référence vont être modifiés dans ce sens.
On trouvera les présentations en français sur Mediaterre.

The text discussed at the UN Commission for sustainable development for the ten-year framework of program (10YFP) on sustainable consumption and sustainable production is considering the deployment of ISO 26000. The G77, the United States and Norway proposed to delete this reference as on other subjects. Programs may be returned in an annex (point still in discussion).
A fallback solution is the UN partnership initiative for sustainable development that the International Organization of la Francophonie (OIF) is planning to launch. A meeting was held in parallel with the commission Wednesday, May 4, which has raised interest far beyond the circle of French-speaking countries. The terms of reference will be amended accordingly.
Presentations can be found in French on Mediaterre and in english on this site.

ISO 26000 in the context of UN Commission on sustainable development

A working session was held in the partnership fair at the 19th session of the Commission for Sustainable Development (CDD19) on the theme of « ISO 26000: a tool for implementing the 10 year framework of program on sustainable consumption and production (SCP) and national strategies for sustainable development through partnership  »

This session allowed interactions with many delegates on the establishment of a partnership initiative based on ISO 26000.

The event was organized by the Institute of Energy and the Environment (IEPF) subsidiary organ of the Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).
The meeting was opened by Thomas Guerber Deputy Permanent Representative at thje Permanent Mission of Switzerland to the UN as president of the International Organization of la Francophonie.

Stephen Oates expert who had participated in the negotiation of the standard on behalf of the International Labour Organization has demonstrated its experience.

Arab Hoballah, Head of the branch SCP UNEP has developed the links between sustainable consumption and production and strategic issues including deployment of 10 YFP and the potential offered by ISO 26000

Christian BRODHAG: Professor at the Ecole des Mines de Saint-Etienne, a member of the Advisory Council of IEPF recalled the negotiation history of the standard, its content and its joint interest with the international institutions.

Sibi Bonfils for UNISFERA: developed the governance issues of sustainable development and issues of implementation of ISO 26000 based on the results to the Participatory Assessment of Optimal Governance for Sustainable Development which was conducted in the Francophone world.

Finally Tounao KIRI Program officer for NSSD at IEPF (OIF) has submitted proposals for partnership of the OIF and potential roles of stakeholders in the implementation of 10YFP.

L’ISO 26000 un élément d’une gouvernance mondiale pour le développement durable

Michel Serre a appelé son 5ème tome d’Hermès « le passage nord-ouest » comme métaphore du passage entre les sciences exactes et les sciences humaines, un chemin difficile et encombré qui relie l’Atlantique et le Pacifique dans les confins du Canada, un « vrai labyrinthe de terre, d’eau et de glaces ». Mais le réchauffement climatique est en train de transformer ce passage nord ouest en une voie de circulation stratégique. La recherche de la troisième voie politique est encombrée plus encore par les désillusions de l’histoire. Nous pouvons pousser la métaphore, en considérant que le développement durable est à même d’ouvrir la troisième voie, comme le changement climatique a ouvert le passage nord ouest. Mais une troisième voie qui ne se substitue pas aux modèles publics et privés mais qui en organise l’articulation.

La sphère institutionnelle publique est en effet traditionnellement opposée à la sphère économique privée. Les uns brocardent la paralysie bureaucratique, les autres le libéralisme spéculatif. La défaite du centralisme bureaucratique devant le libéralisme économique, a renvoyé le balancier haut dans le sens des dérégulations. On a vu le résultat avec la crise financière et économique mondiale. C’est aussi l’échec de la mondialisation considérée uniquement comme une compétition. Il n’y pas de communauté internationale des diplomaties nationales, il y a une compétition continuelle entre les Etats et des alliances conjoncturelles. La faiblesse des institutions internationales laisse le champ libre aux entreprises multinationales, qui se livrent à une compétition encore plus féroce.

Or la régulation des grandes questions : climat, biodiversité, ressources naturelles, pauvreté… toutes potentiellement génératrices de catastrophes, nécessite la mise en place de processus coopératifs et volontaires à même d’entrainer le changement à tous les niveaux. Entre le catastrophisme du repli, la négation béate et scientiste ou le scepticisme cynique, il faut trouver la place pour le projet politique et l’action.

La montée des problèmes globaux et corrélativement l’émergence d’éléments de conscience planétaire dans la plupart des sociétés contribuent à mettre en cause les finalités de la mondialisation et posent des questions nouvelles. Quel projet positif construire qui réponde à de multiples refus ? Comment construire à partir de cette contestation un projet politique positif ? Comment fonder la légitimité et organiser ce projet ? Comment conduire l’innovation collective des techniques et de l’organisation sociale ?

C’est la question de la gouvernance mondiale. Pascal Lamy définissait la gouvernance mondiale « comme l’ensemble des processus par lesquels par lesquels les sociétés politique, économique et civile négocient les modalités et les formes d’arrangements sociaux planétaires sur la base du principe de la coopération conflictuelle, (c’est-à-dire la façon dont) les règles collectives sont élaborées, décidées, légitimées, mises en œuvre et contrôlées. » (Lamy & Laïdi, 2002)

Le renforcement des institutions internationales et de l’effectivité des politiques menées en leur nom n’est qu’un des éléments de cette gouvernance. Le système international des Nations Unies apparaît paralysé à la fois par les souverainetés nationales, la règle d’un pays une voix qui ne tient compte ni de la population ni du poids économique, et la bureaucratie des organisations internationales. Le G20 apporte une solution partielle en concentrant le pouvoir de négociation, mais au détriment des plus pauvres ou des plus petits.

La sphère économique s’est aussi organisée. La mondialisation économique est certes le siège d’une compétition, mais aussi de processus coopératifs en premier lieu ceux de la normalisation. Plus de 18.000 normes techniques, pour la seule organisation internationale de normalisation (ISO), sont négociées au sein des secteurs économiques pour faciliter la libre circulation des biens et des services et éliminer les barrières techniques au marché et donc favoriser la concurrence. La coopération organise ainsi la compétition. Leur élaboration implique de façon croissante les consommateurs.

La demande de régulation publique par les acteurs économique est une demande de stabilité et de prévisibilité des conditions du marché, mais aussi de privatisation des bénéfices et de socialisation des risques et des pertes, comme l’a démontré la crise financière. En retour la société civile mondiale somme les entreprises d’exercer leur responsabilité sociétale, c’est-à-dire de prendre en compte des objectifs qui relèvent du bien public.

L’intégration d’objectifs publics dans la normalisation privée est à l’ordre du jour, d’autant que les négociations internationales en matière de développement durable vont s’intéresser au changement des modes de consommation et production (Commission du développement durable en mai 2011) et à l’économie verte (Sommet Rio + 20 en 2012).

C’est dans ce contexte qu’arrive l’ISO 26000 des lignes directrices pour la responsabilité sociétale paru le 1er novembre 2010. L’ISO a organisé une scène de négociation dont la société civile mondiale s’est emparée en allant bien au-delà des intentions initiales. 99 pays représentés par 6 parties prenantes (gouvernements, entreprises, syndicats, consommateurs, ONG et experts consultants ou académiques) associés à des organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales ont travaillé pendant 5 ans pour écrire le texte. Sa légitimité et son contenu à vocation universelle dépassent de loin ceux des 18000 autres normes de l’ISO.

En proposant des principes et champs d’action pour tout type d’organisation, qu’elle appartienne aux sphères publique, économique ou civile, l’ISO 26000 propose une méta-régulation apte à fonder sur des bases pratiques et opérationnelles le pilier coopératif de la gouvernance internationale pour le développement durable. Une gouvernance globale qui impacte tous les niveaux : international, national et local.

Le texte établit clairement que l’objectif de développement durable est global et politique et que chaque organisation peut y contribuer en assumant sa responsabilité sociétale. Il assure une passerelle, une hybridation entre deux régimes ceux des normes volontaires librement consenties pour accéder au marché et les « normes internationales de comportements » issues des négociations multilatérales.

L’ISO 26000 reconnait à chaque organisation sa légitimité pour décider de sa stratégie, mais en assumant sa responsabilité vis-à-vis du développement durable, de la société et des parties prenantes en mettant en œuvre des principes et en contribuant au progrès sur des questions clés. Sept principe ont été retenus : redevabilité (accountability), transparence, conduite éthique, respect des intérêts des parties prenantes, conformité légale, respect des normes internationales de comportement, respect des droits de l’Homme. Sept questions centrales sont déclinées par domaines d’actions : droits de l’Homme, relations et conditions de travail, environnement, loyauté des pratiques, questions relatives aux consommateurs, communautés et développement local.

La potentialité de l’ISO 26000 va bien au delà de la légitimité de l’ISO, ou même des participants à son élaboration. L’ISO a du mal à en assumer la paternité, car elle se paralyserait si elle devait appliquer un tel processus au millier de normes élaborées ou révisées annuellement. Certains des membres influents de l’ISO comme les Etats Unis (un des 5 pays qui ont voté contre sur 72 pays votants) voient d’un mauvais œil la référence aux textes multilatéraux dans une norme « privée » de l’ISO. Le système des Nations Unies ne s’est pas encore emparé de ce texte comme un moyen concret de mise en œuvre des accords internationaux. L’Organisation Internationale de la Francophonie qui a suivi l’élaboration de la norme et mobilisé ses membres, se positionne pour en faciliter la diffusion.

Il y a une opportunité pour la France de pousser ce texte dans le cadre du chantier sur la gouvernance mondiale du G20. Notre pays pourra s’appuyer sur une large majorité dans cette instance puisque seuls 3 pays du G20 ont voté contre : Etats Unis, Inde et Turquie.

Biblio

Lamy, P., & Laïdi, Z. (2002). La gouvernance, ou comment donner sens à la globalisation (Vol. Gouvernance mondiale, Rapport n° 37). (P. Jacquet, J. Pisani-Ferry, & L. Tubiana, Éds.) Paris: Conseil d’analyse économique.