Hyperloop utopie ou solution pour une mobilité plus durable

C’est Elon Musk le patron de Tesla et de Space X qui a publié en 2013 « Hyperloop Alpha » un document proposant la réalisation d’un nouveau type de transport supersonique. Des capsules circulant dans un tube sous vide capable de dépasser les 1235 km/h en vitesse de pointe permettraient de relier en 30 mn Los Angeles à San Francisco, villes distantes de 600 km. Hyperloop est une technologie en rupture que son promoteur considère comme le cinquième mode de transports après le bateau, le train, l’automobile et l’avion. Elle permettrait d’atteindre deux fois la vitesse commerciale de l’avion à un coût du dixième de celui du TGV (en Californie) et produisant plus d’énergie solaire qu’il n’en consomme.

En proposant une approche ouverte sans brevets, Elon Musk a donné le coup d’envoi d’un processus de mobilisation d’expertise sans précédent de spécialistes et d’experts notamment de la NASA, d’écoles d’ingénieurs et de consortiums industriels. Depuis 2013 un système d’innovation se met en place à la vitesse à laquelle sont habitués les acteurs du Net (Elon Musk a fait fortune avec Paypal). Ce projet entre dans le large mouvement de réinvestissement des acteurs de l’économie numérique dans le monde matériel et surtout il en adopte les méthodes ouvertes et rapides.

Il ne s’agit pas d’une idée nouvelle, l’américain Robert Goddard, pionnier des fusées avait formulé dès les années 1910, la proposition de trains qui circuleraient dans des tubes sous-vide. Une étude de la Rand Corporation américaine proposait en 1972 un système de transit à très grande vitesse (VHST) fonctionnant dans une atmosphère raréfiée dans des tubes tunnels souterrains. Plus près de nous au début des années 2000 en Suisse, Swissmetro proposait de développer un train magnétique dans un environnement à basse pression. Des concessions ont même été accordées à Swissmetro pour relier les villes suisses de Saint-Gall, Zurich, Bâle et Genève. Mais aucune suite n’a été donnée.

En parallèle dans les années 1970, le Japon et l’Allemagne ont commencé à investir dans la technologie Maglev, des trains à sustentation magnétique, mais dans l’atmosphère. La vitesse enregistrée la plus élevée a été de 581km/h réalisée au Japon en 2003.

Suite à l’annonce d’Elon Musk, trois entreprises ont été créées pour faire aboutir ce projet : Hyperloop One (US) entreprise dans laquelle la SNCF a pris des participations il y a un an, Hyperloop Transportation Technology HTT (US) qui ouvre actuellement un laboratoire de recherche à Toulouse et recrute dès à présent des ingénieurs, et enfin Transpod (Canada) qui est dirigée par deux français qui ciblent le Canada et l’Europe. La Chine et la Corée ont mobilisé de leur côté chercheurs et industriels sur des projets similaires.

Comme il ne s’agit pas d’une idée totalement nouvelle, ni d’une technologie de rupture issue de découvertes scientifiques nouvelles, il s’agit de l’assemblage de technologies connues mais qui doivent fonctionner ensemble dans des conditions nouvelles. C’est pourquoi la stratégie actuelle des trois entreprises est d’assembler des compétences scientifiques (laboratoires des universités et des écoles les plus prestigieuses) et des entreprises disposant de savoir-faire, pour passer rapidement du développement de prototypes, à des démonstrateurs et aux lignes commerciales. Au lieu du processus de développement traditionnel dans lesquels ces étapes successives s’enchainent sur plusieurs années voire des dizaines, ces processus sont menés en parallèle sur des délais courts. Se développeront ainsi des systèmes d’innovation amenant différents acteurs à coopérer. Hyperloop TT a même publié un calendrier de recherche et d’innovation détaillé sur 10 ans, donnant une visibilité à son calendrier d’association de compétence.

Hyperloop c’est quoi sur le plan technique ? Un nouveau système de transport de voyageurs avec des navettes d’une trentaine personnes qui circulent dans des tubes à très basse pression (le millième de la pression atmosphérique) avec une propulsion électrique (moteur linéaire) et une suspension sur coussin d’air et/ou magnétique selon les derniers développements. Dans la version de surface les tubes sont soutenus par des piliers, mais le passage en sous-terrain est possible. Elon Musk vient de créer à cet effet une entreprise la Boring Company (jeu de mot à double sens creuser et ennuyer) pour baisser d’un facteur 10 le coût des tunnels (voir article). En limitant les frottements la consommation d’énergie est faible au point que l’alimentation par photopiles solaires suffit. L’énergie consommée à l’accélération est récupérée en partie au freinage. La vitesse maximale de 1200km/h en ligne droite met Hyperloop directement en concurrence de l’avion, dans des parcours plus sinueux des régimes vers 400km/h sont envisagés. Mais sa capacité à entrer dans les centre villes, et de fonctionner en continu (des capsules toutes les 40 secondes) et non en horaires fixes, permet une intégration nouvelle avec les systèmes de transport collectif organisés par des applications numériques (smartphone).

Même si les hypothèses de départ sont identiques les options techniques prises par les entreprises sont variées. Le diamètre des tubes n’est pas le même, 4 m pour HTT et Transpod et moins pour Hyperloop One. Les technologies sont différentes HTT utilisant un système passif d’aimants permanents consommant peu d‘énergie et Transpod utilisant des dispositifs actifs consommant plus d’énergie mais étant plus stables. Les entreprises ne sont pas dans une perspective ouverte telle que le proposait Elon Musk mais se protègent par des brevets.

Quelle crédibilité technique ? Les moyens et l’expertise mobilisés au niveau international donnent une crédibilité technique aux hypothèses. Les essais et les prototypes envisagés vont valider ces hypothèses et mettre au point les ajustements techniques. A horizon de 2 ans les cahiers des charges techniques seront précisés. Des premières lignes sont envisagées dès 2022.

Quelle crédibilité économique ? Les estimations économiques visant dans un premier temps la liaison Los Angeles San-Francisco semblent nécessiter un investissement largement inférieur à celui du TGV. L’extrapolation des estimations californiennes sur la distance de 60km Saint-Etienne Lyon conduirait à un investissement de 700 Millions d’€.

Le fonctionnement avec faible usure et faible consommation d’énergie font envisager des coûts de fonctionnement limités par rapport ceux du TGV. Le modèle économique du TGV est aujourd’hui en difficulté. La marge opérationnelle a chuté de 20 à 8,5% en 2016[1]. Les recettes sont inférieures aux dépenses d’entretien du réseau ce qui contribue à augmenter l’endettement. L’usure des infrastructures et les dépenses énergétiques deviennent prohibitives au-delà de 300km/h, les coûts d’exploitation du TGV devenant trop importants.

Quel impact environnemental ? Du fait de la faible consommation d’énergie (environ 10 fois inférieure à l’avion) et son usage de l’électricité photovoltaïque Hyperloop est un mode de transport à impact carbone quasi nul. Cette infrastructure sur pylônes n’interrompt ni les des trames humaines des échanges locaux sur le territoire, ni les trames vertes et bleues contrairement au rail et aux autoroutes. En souterrain à l’approche des villes, l’impact est lui aussi limité.

L’absence de bruit permet de combiner fret et voyageurs pour un usage 24h/24h sans nuisance pour les riverains.

Bien entendu des analyses environnementales complètes prenant en compte le cycle de vie des produits utilisés, les impacts sur la mobilité et les effets rebond doivent encore être menées pour optimiser cette technologie.

Quels risques économiques ? Il y a toujours des problèmes techniques qui émergent lors de la mise en œuvre et qui se traduisent le plus souvent par des surcoûts. Mais inversement on peut trouver des financements publics et privés et des engagements de laboratoires de recherche et d’entreprises pour la recherche développement que l’on ne trouve pas avec les infrastructures classiques (voie ferrée, route ou autoroute). Pour cela il faut envisager les premières liaisons comme des démonstrateurs, avec des prises de risques mais aussi une espérance de gain important dans la suite.

Il y a une opportunité pour la France de s’intéresser à ce projet, d’envisager la réalisation d’une ligne expérimentale. Le parcours Saint-Etienne Lyon pourrait s’avérer un choix opportun. Outre le clin d’œil historique, ce parcours ayant développé la première ligne ferrée ouverte aux voyageurs en Europe continentale en 1830, qui reste aujourd’hui la ligne la plus empruntées hors région

[1] Source : article « Pourquoi le TGV fonce vers l’impasse économique », Les Echos, 30 mars 2017

Veille innovation : la Boring Compagny d’Elon Musk

Pour résoudre la congestion urbaine d’Elon Musk propose des routes en 3D. Abandonnant l’idée de véhicules volants il propose le développement de tunnels. Les voitures volantes ont des problèmes avec la météo, le bruit et, en général, augmentent les niveaux d’anxiété de ceux qui sont au-dessous. L’autre option consiste à «descendre» et à construire des tunnels.

Contrairement aux véhicules volants, les tunnels sont étanches, hors de vue et ne tomberont pas sur votre tête. La construction et l’exploitation du tunnel sont silencieuses et invisibles pour toute personne en surface. Les tunnels ne divisent pas les communautés avec des voies et des barrières. Il n’y a pas de limite pratique quant au nombre de couches de tunnels pouvant être construites. Les tunnels sont résistants aux intempéries et au tremblements de terre.

La clé de ce projet est d’augmenter simultanément la vitesse dans le tunnel et de réduire les coûts d’un facteur de 10 ou plus. L’objectif de « The Boring Company » est le creusement rapide de tunnels à faible coût. Cela faciliterait l’adoption Hyperloop et permettrait un transit rapide dans des régions densément peuplé.

Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait avant ?

À l’heure actuelle, les tunnels sont vraiment coûteux à creuser, certains projets coûtent jusqu’à 1 milliard de dollars par mille. Afin de rendre réalisable un réseau de tunnels, les coûts de tunnels doivent être réduits d’un facteur supérieur à 10.

Comment réduire le coût du tunnel?

Tout d’abord, il faut réduire le diamètre du tunnel. Pour construire un tunnel à une voie, le diamètre du tunnel doit être d’environ 8,5m. En plaçant des véhicules sur une planche électrique stabilisée, le diamètre peut être réduit à moins de 4,3m. Réduire le diamètre de la moitié réduit les coûts de tunnels de 3 à 4 fois. Deuxièmement, augmentez la vitesse du tunnelier. Les tunneliers sont très lents. Un escargot est effectivement 14 fois plus rapide qu’un tunnelier en sol meuble. Notre objectif est de vaincre l’escargot dans la course.

Quels sont les moyens d’augmenter la vitesse des tunneliers ?

Augmenter la puissance du tunnelier. La puissance de sortie de la machine peut être triplée (couplée aux mises à niveau appropriées dans les systèmes de refroidissement).

Tunnel continu. Lors de la construction d’un tunnel, les tunneliers opèrent pour 50% du temps et la mise en place des structures de support du tunnel occupent les autres 50%. Ce n’est pas efficace. La technologie existante peut être modifiée pour supporter l’activité de tunnel en continu.

Automatiser le tunnelier. Alors que les tunnelier de plus petit diamètre sont automatisés, les plus grands nécessitent actuellement de multiples opérateurs humains. En automatisant les tunneliers plus importants, la sécurité et l’efficacité augmentent.

Utiliser l’électricité. Les opérations courantes du tunnel incluent souvent des locomotives diesel. Ceux-ci peuvent être remplacés par des véhicules électriques.

La R & D sur les tunnels. Aux États-Unis, il n’y a pratiquement aucun investissement dans la recherche et le développement de tunnels (et dans de nombreuses autres formes de construction). Ainsi, l’industrie de la construction est l’un des seuls secteurs de notre économie qui n’a pas encore amélioré sa productivité au cours des 50 dernières années.

Qu’est-ce qu’une planche (skate) électrique, et pourquoi l’utiliser?

Une planche électrique est une plaque plate sur roues propulsée par un moteur électrique. Comme discuté ci-dessus, la planche électrique permet une grande réduction du diamètre du tunnel, en plus de :

  • Une sécurité accrue. Un véhicule autonome entièrement stabilisé élimine l’erreur humaine et la capacité de «se détourner de sa trajectoire».
  • Augmentation de la vitesse. La planche autonome contrôlée permet des vitesses de 200km/h en milieu urbain.
  • Des charges utiles multiples. La planche électrique peut transporter des automobiles, des biens et / ou des personnes. Et si on ajoute une enveloppe sous vide, c’est maintenant un tube Hyperloop qui peut voyager à plus de 960km/h.
  • Élimination des émissions dangereuses. Les planches électriques sont des véhicules à émissions nulles et ne produisent donc pas de gaz dangereux comme les voitures à combustion interne. Chaque kilomètre, la planche qui transporte un véhicule qui brûlait du gaz devient un kilomètre à émission nulle.

Qu’en est-il des tremblements de terre?

Les tunnels, lorsqu’ils sont conçus correctement, sont connus pour être l’un des endroits les plus sûrs en cas de tremblement de terre. Du point de vue de la sécurité structurale, le tunnel se déplace uniformément avec le sol, contrairement aux structures de surface. En outre, une grande quantité de dégâts causés par un tremblement de terre provient de la chute de débris, qui ne s’applique pas à l’intérieur des tunnels.

Existe-t-il des vibrations perturbatrices lors du tunnel ?

Non. Une fois qu’un tunnelier opère au-delà d’une certaine profondeur (environ deux diamètres de tunnel ou 6m), le processus de tunnel est presque impossible à détecter, surtout dans les sols meubles.

Que faire avec tous les déchets ?

Dans les projets classique de tunnels, les déchets excavés sont expédiés hors site vers les lieux d’élimination. Ce processus est coûteux, long, bruyant et peut être dangereux pour l’environnement. The Boring Company étudie des technologies qui recycleront la terre en briques utiles pour être utilisées pour construire des structures. Ce n’est pas un concept nouveau, car des bâtiments ont été construits à partir de la Terre pendant des milliers d’années, y compris, selon des preuves récentes, les Pyramides. Ces briques peuvent éventuellement être utilisées comme une partie de la doublure du tunnel elle-même, qui est généralement construite à partir de béton. Étant donné que la production de ciment représente 4,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les briques terrestres réduiraient l’impact environnemental et les coûts des tunnels.

Traduction et synthèse reprise du site de la Boring Company

Des énergies fossiles trop abondantes

Nous habitons une planète au périmètre fini, toutes les ressources de combustibles fossiles sont limitées. Nous n’aurions que 50 ans de réserves de pétrole et de gaz, et un peu plus d’une centaine d’années de charbon. Du fait de l’épuisement des ressources pétrolières, Huber a considéré que la consommation de pétrole devrait passer un pic puis décroitre. Selon une loi économique élémentaire le prix devrait augmenter du fait de la rareté et de la nécessité d’exploiter des ressources de plus en plus coûteuses. Ce qui faciliterait les économies d’énergie et le développement de l’énergie solaire. L’efficacité économique régulerait le tout. Tout au plus la puissance publique devrait anticiper cette situation du fait des inerties et des temps d’investissements sur les infrastructures (transports, bâtiments). Ce discours qui a toute l’apparence de la rationalité est faux, et iI est nécessaire de le démonter point par point.

Un article récent d’expert des États-Unis (Covert, Greenstone, & Knittel, 2016) peu suspects de complaisance militante apporte une contribution essentielle au débat.

En premier lieu les années de réserve est une image trompeuse

Le nombre d’années de réserve, est le résultat d’un calcul, c’est le rapport R/P réserves sur production annuelle. Or les réserves de combustibles fossiles ne sont pas un tas de pièces d’or dans lequel nous prélevons progressivement, jusqu’à épuisement, mais une notion plus dynamique.

Il faut distinguer d’un côté les ressources qui sont des concentrations géologiques dont une grande part n’est pas exploitable pour l’instant du fait d’un prix trop cher, de difficultés techniques, ou d’obstacles politiques comme les zones naturelles protégées. D’autre part les réserves sont des ressources économiquement exploitables.

Les compagnies pétrolières et les pays producteurs visent à transformer les ressources en réserve par l’exploration, le développement technologique et l’influence politique… L’exploration, facilitée par des prix élevés, permet de trouver de nouvelles ressources et de les transformer en réserves. Le développement technologique permet d’exploiter dans des conditions difficiles (forages en mer par exemple). L’arrivée de sources non conventionnelles modifie la donne. Les sables bitumineux et le pétrole et le gaz de schiste n’étaient pas jusqu’à récemment considérés comme des réserves alors qu’ils couvrent aujourd’hui 10% des réserves mondiales.

C’est ainsi que depuis les années 80 le ratio réserves/production reste très constant 50 années pour le pétrole et le gaz et il a fléchi pour le charbon tout en restant supérieur au siècle. Ce dernier serait à même de boucler le bilan énergétique, et plafonner à terme le prix équivalent pétrole, sachant que la carbochimie issue du charbon, peut se substituer à la pétrochimie, issue du pétrole. Rappelons-nous que la chimie en Europe reposait sur le charbon dans les années 50 60, la conversion au pétrole est venue ensuite. Plus récemment l’Afrique du sud de l’apartheid soumise à l’embargo pétrolier utilisait son charbon pour produire ses carburants. Les ressources charbonnières sont immenses et plus réparties.

Les variations de prix ne reflètent pas que les coûts techniques

Mais le raisonnement qui ne considèrerait que les coûts de production au niveau mondial n’est pas le bon car il y a des disparités géographiques et les ressources les moins chères sont concentrées dans un petit nombre de pays. Les intérêts sont divergents entre les pays producteurs à faible population, plus court termistes qui peuvent laisser baisser les prix en acceptant une durée plus faible d’épuisement de leurs réserves pour maintenir leurs parts de marchés et les pays producteurs fortement peuplés qui souhaiteraient les valoriser au mieux.

On ne peut considérer les évolutions sur une seule analyse économique des coûts de production mais sur une géopolitique entre les pays producteurs, les compagnies pétrolières et les pays consommateurs au premier (et seul ?) rang les États-Unis. Cette partie d’échec à trois types de joueurs utilisent les règles de base (existence de ressources, coût, ..) mais au sein de stratégies, de combinaisons et d’alliances complexes. A l’origine un jeu à deux les 7 sœurs (les sept grandes compagnies productrice) qui s’entendaient tout en préservant les intérêts américains , est devenu un jeu à trois après 1974 avec l’irruption politique des pays producteurs qui se sont entendu pour réguler la production et les prix. Les tensions géopolitiques du Moyen Orient on fait éclater la gestion du prix par la régulation des quantités mises sur le marché.

Les sources non conventionnelles

Le gaz de schiste américain, dévalorise le charbon, qui fait irruption à bas prix en Europe, comme en Allemagne. Une crise touche à court terme l’industrie du charbon. Une cinquantaine de compagnies charbonnières américaines ont fait faillite, sous la double concurrence des autres combustibles et de la faiblesse de la demande, par exemple sidérurgie. Il y a 5 ans, les actions de Peabody une des entreprises charbonnières s’échangeait à plus de 1000$, début 2013 elles valaient encore 300$, 100$ en 2015… et autour de 2.5$ aujourd’hui. L’entreprise croule sous les dettes : près de 6 milliards de dollars, plus de 100 fois sa valeur en bourse… Et elle a encore perdu 2 milliards l’année dernière.

C’est dans ce contexte que les pays producteurs mettent beaucoup de pétrole sur le marché et donc à plus bas prix. La bourse et l’actionnariat court-termiste amplifient les évolutions du marché.

Les solutions

Le rapport World Energy Outlook 2012 de la très officielle Agence Internationale de l’Energie est sans appel : « si nous voulons atteindre l’objectif mondial de 2°C, notre consommation, d’ici à 2050, ne devra pas représenter plus d’un tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles ».

La ressource limitée n’est donc pas celle de combustibles fossiles mais celle de l’atmosphère, cela change totalement la donne. La régulation climat est entièrement politique et elle doit gérer l’abandon des combustibles fossiles.

Le prix du pétrole dans ce contexte devrait rester bas, et donc la pseudo rareté du pétrole ne peut réguler le substitution par les énergies renouvelables. Au lieu de se réjouir à court terme du bas prix du pétrole, il fallait le taxer pour maintenir un prix au niveau de la consommation en tendance croissante, et au moins stable à court terme.

Cette dévalorisation des actifs liés aux combustibles fossiles, pétrole en tête, vas impacter de façon massive les entreprises productrices mais aussi les régions et les pays producteurs. La reconversion de ces entreprises et de ces territoires et son financement doit être au cœur des solutions politiques internationales.

Cette analyse nouvelle doit conduire à modifier les approches et abandonner définitivement les permis d’émission. Les mécanismes économiques et la fiscalité carbone devraient être mobilisée principalement sur l’abandon des fossiles en amont plutôt que vers un marché du carbone en aval.

Mais cette prise de conscience implique aussi des mesures réglementaires. Il n’est plus nécessaire de prospecter de nouvelles ressources fossiles qu’elles soient conventionnelles ou non conventionnelles, mais il faut gérer de façon optimale celles qui sont connues. Les pays ne devraient par exemple plus donner de permis d’exploration.

Il est important de limiter l’exploitation dans les zones naturelles protégées et là où les risques sont élevés pour l’environnement (voir marée noire golfe du Mexique) soit dans des zones naturelles protégées. La sanctuarisation de l’Arctique et de l’Antarctique doit être décidée au niveau international.

Mais pour obtenir une adhésion internationale à un tel programme, il faut trouver un jeu gagnant gagnant pour toutes les parties prenantes. Ce sera l’objet de ma prochaine tribune, qui paraitra à l’occasion  la COP22.

Réf. Covert, T., Greenstone, M., & Knittel, C. R. (2016, Winter). Covert, Thomas ; GreeWill We Ever Stop Using Fossil Fuels. Journal of Economic Perspectives. Journal of Economic Perspectives, 30(1), 117-138.

In Valeurs Vertes, n° 142, 28 octobre 2016

Des énergies fossiles trop abondantes

Participation aux deuxièmes assises ivoiriennes du développement-durable à Abidjan du 12 au 14 octobre

Le-premier-ministre Daniel Kablan Duncan a ouvert les travaux des deuxièmes assises ivoiriennes du développement-durable. Il annoncé la création d’un prix de l’entreprise socialement responsable labélisé par la Côte d’Ivoire. Il a développé sa vision « faire en sorte que le développement durable s’ancre dans tout le corps social afin que chaque citoyen devienne un acteur responsable qui contribue à l’équilibre entre la qualité de l’environnement, l’efficacité économique et le progrès social ».

Les assises se sont focalisées sur les ODD et sur les avantages compétitifs et la contribution du secteur privé Ivoirien à travers le RSE.

Les assises ont permis de larges échanges entre les acteurs publics et les entreprises. Le patronat ivoirien était représenté par le Dr Traoré BAKARY le président de la Commission GRSE de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Ce dernier a participé à la rédaction de l’ISO 26000, membre de la délégation de Côte d’Ivoire il avait été actif dans le réseau francophone.

Modérateur de la session inaugurale, j’ai contribué à la table ronde sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) en rapportant l’engagement de la Francophonie et de l’Institut Francophone du Développement Durable sur la réalisation des ODD. J’ai développé les enjeux de la facilitation Science technologie et innovation des Nations-Unies et de l’importante pour les pays de se doter d’un dispositif STI adossé aux processus de mise en œuvre des ODD. J’ai aussi présenté le portail Construction21 en contribution à l’ODD11 sur la ville durable et l’objectif de l’ouverture d’un portail Côte d’Ivoire

photo-tribune

Reportage télévision ivoirienne RTI ; Site Facebook du ministère

Présentations :

Science, technologie et innovation (STI) pour les Objectifs de développement durable (ODD)

Initiatives pour l’innovation et la ville durable : ODD11

Soutien de Arnold Schwarzenegger

Un projet auquel j’ai consacré beaucoup d’énergie a franchi aujourd’hui une étape déterminante en Algérie. Les transferts de technologie et la diffusion des solutions les plus performantes est déterminante dans la lutte contre les changements climatiques et le développement durable. C’est dans ce sens que j’ai initié le média social www.construction21.org qui vise la diffusion de l’innovation et les transferts de connaissances et de techniques en vue de l’objectif de développement durable n°11 : ville durable. En partenariat avec l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique » nous avons ouvert le portail Algérie. Arnold Schwarzenegger président fondateur de l’ONG R20 est venu remettre les prix de la construction algériens qui sélectionne les projets qui représenteront l’Algérie au concours international ouvert au vote actuellement. img_1619

Il a aussi donné le coup d’envoi à Oran le 26 septembre d’un mastère spécialisé sur l’économie verte de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne. En signant le protocole de coopération entre le R20, l’Ecole Nationale Polytechnique d’Oran (ENPO) qui accueillera la première promotion et l’Ecole des Mines Arnold Schwarzenegger a marqué son soutien à une formation originale connectée avec les initiatives du R20. Ce mastère spécialisé de la Conférence des Grandes Ecole vise à former des gestionnaires de portefeuilles de projets sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la gestion durable des déchets. La rentrée de la première promotion est prévue le 2 novembre à Oran. Les 22 apprenants sélectionnés qui appartiennent à des collectivités, administrations, associations et fondations, vont permettre à la fois un renforcement de capacité et le déploiement de projets d’économie verte au service de l’Algérie.

presentation-mastere

Présentation mastère : De gauche à droite au premier plan : Bruno LEGER, Directeur Institut Fayol, Ecole des Mines de Saint-Etienne. Dr Michelle MONGO, responsable pédagogique du mastère, Ecole des Mines de Saint-Etienne. M. Abdelghani ZAALANE, Wali d’ORAN. M. Arnold SCHWARZENEGGER président fondateur de l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique »

Cette formation vise à accompagner concrètement des projets et les rendre « banquable ». Un certain nombre d’entre eux seront financés par la Fondation Leonardo DiCaprio (LDF), dans le cadre des 100 projets https://100projectssite.wordpress.com/ enpo-as-emse

Photos ENPO AS EMSE : après la signature de l’accord tripartite : de gauche à droite Pr. Abdelbaki BENZIANE, Directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’Oran (ENPO). Arnold SCHWARZENEGGER président fondateur de l’ONG R20 « Régions pour l’action climatique ». Bruno LEGER , Directeur Institut Fayol, Ecole des Mines de Saint-Etienne. Christian BRODHAG, Directeur de Recherche Ecole des Mines de Saint-Etienne, responsable scientifique du mastère, président de Construction21

Revue presse en ligne

http://www.elwatan.com/actualite/environnement-de-retour-a-oran-arnold-schwarzenegger-satisfait-des-avancees-realisees-27-09-2016-329536_109.php

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5233949&archive_date=2016-09-27

http://www.algerie-focus.com/2016/09/environnement-arnold-schwarzenegger-parraine-signature-dun-memorandum-a-oran/

http://www.aps.dz/regions/46828-oran-m%C3%A9morandum-d%E2%80%99entente-et-de-collaboration-entre-l%E2%80%99ong-r20-et-des-industriels

http://www.lexpressiondz.com/actualite/250641-le-tri-selectif-des-dechets-est-economique.html

http://www.maghrebemergent.com/actualite/breves/fil-maghreb/63926-algerie-un-memorandum-de-collaboration-sur-la-valorisation-des-dechets-entre-l-ong-r20-et-des-industriels-a-oran.html

http://www.radioalgerie.dz/news/fr/content/88999.html

Vidéo : http://www.lebuteur.com/videos/index?id=2571

 

L’avenir de la planète en discussion aux Nations Unies

La négociation sur les processus de mise en œuvre de l’accord de Rio 2012 se déroule actuellement aux Nations Unies à New York. Loin du barnum de Rio, la négociation porte sur des questions importantes, dans laquelle la discrétion française ne manque pas d’inquiéter. A Rio les entreprises et les ONG françaises se bousculaient pour jouir du spectacle et accompagner une délégation officielle importante. Aujourd’hui à New York, je n’ai croisé que le syndicaliste français Thierry Dedieu qui intervenait dans la délégation des syndicats internationaux. Alors que les diplomates et experts des autres pays sont les même depuis plus de 10 ans, la France les renouvelle à un rythme tel qu’elle met en péril sa capacité de compréhension et d’influence.
Pour avoir une influence dans les processus internationaux la France devrait à la fois pousser au plus loin ses objectifs dans l’agenda européen, être présente dans les différents processus de négociation en cours à la fois par sa diplomatie et les experts gouvernementaux et par les acteurs de la société civile dont le rôle est reconnu dans les institutions Onusiennes. Enfin sur certains sujets faisant consensus les pays francophones peuvent être mobilisés.

Rappelons le résultat principal de Rio 2012 l’universalisation du développement durable, sa généralisation (mainstreaming) dans toutes les politiques, et toutes les organisations du système des Nations Unies. Les objectifs de développement du millénaire qui avaient été formalisés en 2000 vont se muer en objectifs de développement durable qui engageront après 2015 à la fois les pays en développement, en transition et développés. Un segment politique de haut niveau examinera un rapport mondial du développement durable et devrait consolider la mise en œuvre du développement durable à tous les niveaux du système des Nations Unies et des pays, aux niveaux locaux et des entreprises. La négociation va fixer les modalités de ces dispositifs et celles d’autres politiques : financement du développement durable, le transfert de technologies… Le cadre décennal de programmation concernant les modes de consommation et de production durables (10YFP) se déploie actuellement dans différentes filières : tourisme, construction… et différentes activités marchés publics, information du consommateur… Enfin les questions climatiques et de biodiversité sont envisagées au cœur de chacune de ces politiques.

Mais si le discours met en avant la vision intégrée, holistique et systémique du développement durable, s’il est question de renforcer de la coordination et de la cohérence des politiques, la réalité est tout autre avec le maintien des approches en silo et la concurrence entre les organisations.
L’approche du développement durable par les 3 piliers économique, social et environnemental oublie l’approche intégrée. Elle se résume actuellement à savoir quel est le pilier prioritaire, et donc qu’elle organisation du système des Nations Unies doit prendre le leadership. La Banque Mondiale est évidemment positionnée, elle qui avait soutenu et financé les Stratégies de lutte contre la pauvreté qui ont empêché l’émergence des Stratégies de développement durable. Elle promeut la comptabilisation du capital naturel qui « parle » le discours du développement, et non plus celui de l’environnement, en justifiant son efficacité par le fait qu’elle permet ainsi d’en dessaisir les Ministères de l’environnement au profit de ceux des Finances et de la Planification (sic).

Plus largement l’universalisation du développement durable risque de noyer l’environnement sous l’agenda du développement le plus traditionnel. La France semble adhérer à cette tendance en se faisant représenter à New York par Annick Girardin la secrétaire d’État chargée du Développement et de la Francophonie.

La France a abandonné la vision intégrée du développement durable au profit d’agendas séparés : transition écologique et lutte contre l’effet de serre, responsabilité sociétale des entreprises, coopération et développement… Elle a oublié qu’elle a été le premier pays à expérimenter en 2005 un processus de revue par les pairs de sa stratégie de développement durable qui est l’option envisagée aujourd’hui.
En mettant tous ses moyens dans la seule préparation de la 21ème Conférence des parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qu’elle organisera en décembre 2015, la France oublie que l’agenda du développement durable offre des leviers d’actions pour découpler le développement de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre : transfert de technologies, financement du développement durable, changement des modes de consommation et production, responsabilité sociétale… Ces leviers seront autant d’arguments pour le succès de la négociation.

Rappelons-nous que le débat à Kyoto en 1997 avait opposé les « politiques et mesures » d’un côté et le marché des permis d’émission de l’autre. Les Etats-Unis ont imposé le second sans jamais s’y plier eux-mêmes. Depuis capté par les macro-économistes le débat se réduit trop à l’opposition entre marché des permis ou taxe carbone en ignorant les politiques d’accompagnement. En s’enfermant dans la seule Convention climat ou oublie que la réduction par 4 des émissions des pays développés passe par un changement profond du mode de développement. C’est de cela dont il est question à New York.

Plus sur le site des Nations Unies

Responsabilité sociétale un élément de la gouvernance du développement durable

Les lignes directrices pour la responsabilité sociétale (RS) ISO 26000 fait la synthèse entre deux logiques l’une fondée sur les parties prenantes et un comportement éthique et l’autre plus institutionnelle visant à aller plus loin que la conformité au droit. Déclinée au niveau de chacune des organisations la RS peut être un élément de la gouvernance du développement durable.

Continuer la lecture de « Responsabilité sociétale un élément de la gouvernance du développement durable »

Information et connaissances pour le développement durable

L’information et les connaissances sont des éléments clés pour le développement durable. Le présent article rappelle des initiatives prises dans l’espace francophone depuis la conférence de Rio en 1992, et comment la révolution de l’Internet ouvre de nouvelles solutions pour le développement durable et différents projets engagés dans l’espace francophone.

Continuer la lecture de « Information et connaissances pour le développement durable »

La Francophonie en ordre de marche pour Rio+20

Les 8 et 9 février 2012, s’est tenu à Lyon le forum francophone préparatoire à Rio+20. Pour en savoir davantage sur le sens et les résultats de ce forum qui a réuni plus de 500 participants de l’ensemble des pays de la Francophonie, nous sommes allés à la rencontre de M. Christian Brodhag [[Professeur, directeur de recherche à l’École des mines de Saint Étienne, il a, entre autres, assumé les fonctions de Président de la Commission française du développement durable (1996-1998), puis de Délégué interministériel au Développement durable (2004-2008). Membre du Conseil d’orientation de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), il a été un des acteurs au cœur du forum préparatoire de Lyon]], coordonnateur du Comité d’organisation francophone de Rio 2012, qui a bien voulu se prêter à nos questions. A travers cette entrevue, M. Brodhag, revient entre autres sur la vision francophone du développement durable, les enjeux et défis de Rio+20, et donne la tonalité des propositions issues du forum de Lyon. Pour lui, la Francophonie est désormais en ordre de marche pour Rio+20.[[Toutes les vidéos des 2 jours et les documents du Forum notamment la déclaration et des amendements proposés au draft zero repris par les pays francophones à : www.agora21.org/international]]

Continuer la lecture de « La Francophonie en ordre de marche pour Rio+20 »

ISO 26000 et Nations Unies

Le texte qui est soumis à la discussion de la commission du développement durable pour le cadre de programme décennal (10YFP) sur les modes de consommation et production durable envisageait le déploiement de l’ISO 26000. Le G77, les Etats Unis et la Norvège ont proposé de supprimer cette référence comme sur d’autres sujets. Les programmes pourraient être renvoyés en annexe (point encore en discussion).
Une solution de repli est l’initiative de partenariat des Nations Unies pour le développement durable que l’Organisations internationale de la francophonie envisage de lancer. Une réunion s’est tenue en parallèle de la commission le mercredi 4 mai qui a soulevé un intérêt bien au delà du cercle des pays francophones. Les termes de référence vont être modifiés dans ce sens.
On trouvera les présentations en français sur Mediaterre.

The text discussed at the UN Commission for sustainable development for the ten-year framework of program (10YFP) on sustainable consumption and sustainable production is considering the deployment of ISO 26000. The G77, the United States and Norway proposed to delete this reference as on other subjects. Programs may be returned in an annex (point still in discussion).
A fallback solution is the UN partnership initiative for sustainable development that the International Organization of la Francophonie (OIF) is planning to launch. A meeting was held in parallel with the commission Wednesday, May 4, which has raised interest far beyond the circle of French-speaking countries. The terms of reference will be amended accordingly.
Presentations can be found in French on Mediaterre and in english on this site.