La rénovation environnementale des bâtiments massive et profonde est au cœur de la relance verte et de l’accord européen.

Article paru initialement sur Construction 21

La Commission Européenne a fixé un objectif renforcé de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 ; contre 40% auparavant. Dans domaine du bâtiment qui contribue pour 40% des émisisons de gaz à effet de serre, l’objectif européen est une réduction de 60 %. Vu le rythme de la construction neuve la rénovation est cruciale. 85 % du parc immobilier de l’UE, a été construit avant 2001 et 85 à 95 % des bâtiments qui existent aujourd’hui, existeront toujours en 2050.

Le budget voté permettra de financer le programme publié le 14 octobre d’une ‘vague de rénovation’ permettant d’atteindre cet objectif de réduction et de créer 160 000 emplois verts supplémentaires dans le secteur de la construction.

La rénovation est identifiée depuis longtemps comme vertueuse en matière de développement durable, créant des emplois réduisant la précarité énergétique. Le récent rapport de l’Agence International de l’Energie sur la relance verte considère que la rénovation n’est pas seulement créatrice d’emplois, elle est aussi globalement rentable. Rentable car le coût moyen l’abattement de la tonne de CO2 est négatif ; mais avec une dispersion allant d’un gain économique 65$/t jusqu’à un coût de 75$/tonne de CO2 montrant que le choix des méthodes et techniques utilisées est central. Le même rapport montre que de tous les investissements en matière de lutte contre l’effet de serre la construction neuve et la rénovation étaient les plus intensives en emploi, avec 15 emplois créés pour un million de dollards investis contre deux par exemple dans le nucléaire.

L’instrument de relance de l’UE Next Generation EU mettra à disposition un volume sans précédent de ressources pour la rénovation en vue de doubler le rythme de rénovation et privilégier des rénovations lourdes et profondes. Aux financements européens se rajoutent les financements natioaux.. En France par exemple 6,7 milliards du programme de relance seront consacrés à la rénovation des parcs publics et privés.

Les moyens sont-ils à la hauteur ces objectifs ?

Les promesses de financement non tenues, la faible performance de la majorité des rénovations démontrent les limites des approches politiques et règlementaires pratiquées jusque-là. Si 11% du parc immobilier existant de l’UE fait l’objet d’un certain niveau de rénovation chaque année, seulement 1% porte sur la performance énergétique des bâtiments et seulement 0,2 % portent sur des rénovations lourdes, celles qui réduisent la consommation énergétique d’au moins 60 %.

Tenir la promesse de 60% implique une profonde évolution des approches, une transition qui s’appuie sur des innovations à tous les niveaux, des techniques, des processus, des modèles économiques et des outils politiques qui permettent une réduction radicale des coûts de la tonne économisée.

Le programme européen ébauche des pistes nouvelles, sur le champ concerné tout d’abord. Le programme de rénovation européen ne vise pas seulement des bâtiments plus économes en énergie, mais aussi des batiments résilients aux changement climatique et qui réduisent leur intensité de carbone sur l’ensemble de leur cycle de vie c’est-à-dire intègre les matériaux et l’énergie utilisée. Cette vision rejoint celle de la feuille de route zéro carbone 2050 de l’Alliance Mondiale pour le Bâtiment (GABC), qui considère que les interventions sur l’enveloppe (généralisation des bâtiments à énergie positive pour le neuf et rénovation profonde pour l’existant) ne participent que pour un tiers de l’effort, et que les deux autres tiers se répartissent en parts presque égales entre les matériaux et la fourniture d’énergie bas carbone.

Cette approche connecte ainsi les dossiers climat et économie circulaire et vise à « adapter l’écosystème du secteur de la construction à la rénovation durable, sur la base de solutions circulaires, de l’utilisation et de la réutilisation de matériaux durables et de l’intégration de solutions fondées sur la nature ». Pour cela l’Europe veut faire jouer un rôle majeur aux territoires.

Ces orientations et les outils de financement prévus conduisent les entrepreneurs et les projets à