Christian Brodhag
Discours d’accueil pour le 46e congrès de l’APLIUT
« Développement durable dans l’enseignement-apprentissage des langues »
Mesdames, Messieurs, Chers collègues,
Bienvenue à Saint‑Étienne.
Vous allez découvrir une ville singulière, une ville qui ne se raconte jamais en surface, mais qui se lit en profondeur — dans ses vallées, dans ses strates géologiques, dans son histoire industrielle, et aujourd’hui dans ses engagements pour le développement durable et la transition écologique.
J’emprunterai volontiers l’expression de mon ami Jean‑François Caron, ancien maire de Loos‑en‑Gohelle, les territoires miniers emblématiques d’un développement « non durable » peuvent apporter une contribution majeure à la transition écologique et au développement durable.
Saint‑Étienne s’est elle aussi construite sur cette ressource épuisable : le charbon. Ici, les crassiers — que l’on appelle terrils dans le Nord — témoignent encore de cette histoire. Ils sont les cicatrices visibles de l’exploitation, du gisement qui a donné son nom, à une période du Carbonifère : le Stéphanien. Permettez-moi de paraphraser Bonaparte : du haut des ces crassiers 300 millions d’années vous contemplent.
Cette mémoire minière a façonné l’économie, les paysages, mais aussi les vulnérabilités du territoire. Elle explique en partie pourquoi Saint‑Étienne a dû, plus tôt que d’autres, inventer des voies nouvelles pour se réinventer.
Saint‑Étienne est une ville qui ne s’est pas développée autour d’un fleuve navigable ni d’un axe de circulation naturel. Si l’IUT ou nous sommes aujourd’hui se situe dans la vallée du Rhône, la ligne de partage des eaux avec la Loire se trouve à seulement 300 mètres plus haut, et l’essentiel de la ville de Saint-Etienne s’inscrit dans la vallée du Furan, un cours d’eau longtemps utilisé comme égout naturel dont l’ensemble était traité dans la station d’épuration. Bien entendu aujourd’hui la qualité a été retrouvée avec de nombreux investissements dans les réseaux. Le fleuve Loire reste distant, même si la commune de Saint‑Victor‑sur‑Loire, qui domine le barrage de Grangent, fait désormais partie de la commune.
Serrée entre sept collines véritables poumons verts, Saint‑Étienne n’est pas, de prime abord, une ville pour le vélo. Mais l’arrivée du vélo électrique a transformé cette contrainte en opportunité, ouvrant la voie à une mobilité plus douce et plus inclusive.
Saint‑Étienne est aussi une terre d’innovations. C’est ici qu’a été inventé la voie ferrée sous l’impulsion de Louis Antoine Beaunier le premier directeur de l’Ecole des Mines. La première ligne de chemin de fer d’Europe continentale d’une vingtaine de kilomètres entre Saint-Étienne et Andrézieux a été achevée en 1827, il y a bientôt deux siècles. Elle permettait l’évacuation du charbon vers la Loire par gravité ; pour le retour les wagons étaient tirés par des chevaux. La ligne Saint‑Étienne – Lyon ouverte en 1832 fut la première voie ferrée de France dotée de la traction vapeur, charriant dans un premier temps le charbon puis rapidement ouverte aux voyageurs. C’est cette ligne que vous avez empruntée pour venir à Saint-Etienne.
Nos amis parisiens revendiquent ce titre de première ligne avec la ligne Paris et Saint Germain-en-Laye qui ne fut achevée que 5 ans plus tard en juillet 1837. Leur argument : elle était dédiée uniquement aux voyageurs, ne transportant pas le charbon sans doute jugé vulgaire. Ici à Saint-Etienne innovation industrielle et sociale vont de pair.
Saint-Étienne a été l’un des principaux foyers français de la première révolution industrielle, de l’essor de la machine à vapeur, du chemin de fer, ainsi que des industries textile, métallurgique et sidérurgique. Le déclin de ces activités, et la disparition de Manufrance ont profondément bouleversé le tissu productif local et fragilisé de nombreux sous-traitants. Pourtant, Saint-Étienne a su se réinventer. Elle constitue aujourd’hui le deuxième bassin de PME-PMI en France après l’Île-de-France. Cette capacité de résilience demeure l’une des grandes forces du territoire.
Cette tradition industrielle d’excellence se prolonge aujourd’hui à travers plusieurs filières stratégiques revisitant les secteurs traditionnels :
- la mécanique, avec le premier pôle mécanicien français ;
- les technologies médicales ; comme le textile médical, dont 66 % de la production française est réalisée sur le territoire.
- le design, porté par le label UNESCO Creative Cities Network ;
La première association d’industriels dédiée à l’eau a été créée à Roanne en 1951, et la Chambre de commerce a joué un rôle moteur dans la structuration des démarches environnementales du tissu économique. La CCI a créé une équipe dédiée au management environnemental, puis un accompagnement pionnier des entreprises en écoconception, bien avant que ces sujets ne deviennent des standards. C’est l’origine du Pôle national Ecoconception qui rayonne aujourd’hui sur tout le territoire français à partir de Saint-Etienne
Dans les années 2000, alors que l’AFNOR expérimentait des démarches de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) dans les territoires, en réunissant généralement une dizaine d’entreprises par région, l’initiative ligérienne s’est distinguée en mobilisant 21 entreprises, un record au niveau national. Cette dynamique, qui s’appuyait notamment sur l’expertise des chercheurs de l’École des Mines de Saint-Étienne, a largement contribué à l’élaboration de la norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des organisations.
Je tiens naturellement à citer l’École des Mines de Saint‑Étienne, institution clé dans l’histoire industrielle et scientifique du territoire, qui vient de célébrer son bicentenaire, et partenaire essentiel de nombreuses démarches d’innovation durable. Centre de formation et de recherche de l’Ecole, l’Institut Henri Fayol s’intéresse aux transformations actuelles à l’aune des transitions numérique, écologique et industrielle. Il peut compter sur Natacha Gondrand, la spécialiste française des limites planétaires, dont les travaux éclairent les transformations nécessaires de nos modèles économiques.
Saint‑Étienne n’est pas seulement un lieu d’accueil pour ce colloque. C’est un laboratoire vivant, un territoire qui a connu les excès du développement non durable, qui a affronté les crises industrielles, et qui invente aujourd’hui des réponses nouvelles, sobres, créatives et profondément ancrées dans son histoire.
Je vous souhaite à toutes et à tous un excellent colloque, riche en échanges, en découvertes et en perspectives d’avenir.
